Peut-on ranimer un cerveau mort ?

Grâce à un cocktail de cellules souches, la société américaine Bioquark prétend être en mesure de redonner vie au cerveau des personnes en état de mort cérébrale. Coup de bluff ?

RÉSURRECTION. Ranimer le cerveau comme on relance le cœur. C’est l’ambition de la société américaine Bioquark, qui développe une technique pour inverser un état de mort cérébrale. Le principe ? Remplacer le massage cardiaque par un cocktail de cellules souches injecté dans la moelle épinière afin de stimuler la régénération et l’activation des neurones. Sauf que contrairement à un arrêt cardio-respiratoire, réversible selon les situations, l’état de mort cérébrale se définit précisément par son irréversibilité. C’est même, selon l’Organisation mondiale de la santé, le critère médico-légal pour déclarer le décès. L’objectif de Bioquark est donc bel et bien de ressusciter les morts… Le P-DG de la société basée à Philadelphie, Ira Pastor, a ainsi annoncé à nos confrères américains de STAT qu’une autorisation d’essai clinique doit leur être accordée dans les prochains mois par un pays d’Amérique latine. Contacté par Sciences et Avenir, Bioquark n’a pas souhaité s’étendre d’avantage sur cette annonce.

Un essai interdit une première fois

Un tel essai devait déjà débuter l’année dernière en Inde. Mais le projet, baptisé ReAnima, a été annulé in extremis par les autorités sanitaires indiennes. D’abord en raison des objectifs scientifiques peu clairs et qui semblent encore difficilement atteignables. D’abord la stratégie thérapeutique envisagée n’a pas été testée chez l’animal. Et, surtout, l’expérience soulève une question éthique hautement sensible. Après un examen méticuleux établissant l’absence totale et irréversible d’activité dans le cerveau, les personnes en état de mort cérébrale sont considérées comme décédées. Dans le cas où le traitement envisagé puisse réactiver une quelconque activité, que deviendraient ces patients ramenés dans la catégorie des états végétatifs ? Autrement dit, est-il souhaitable de sortir quelqu’un de la mort pour le livrer à un état où les chances de récupération fonctionnelle sont infimes ?

Les objectifs scientifiques sont flous. Il s’agit d’induire une réaction dans le cerveau, quelle qu’elle soit, à l’aide d’une batterie de traitements. Certes, il est désormais admis que les lésions du cerveau ne sont pas toutes irréversibles. L’utilisation des cellules souches est ainsi très sérieusement testée pour régénérer certaines lésions chez les personnes victimes d’AVC par exemple. Mais, entre encourager un cerveau bien vivant à se remodeler et le faire revenir d’un état nécrotique avancé, il y a un gouffre. “S’il y a eu de nombreuses démonstrations ces dernières années que le cerveau humain et le système nerveux ne sont pas aussi figés et irréparables qu’on l’a longtemps cru, l’idée qu’on puisse inverser la mort cérébrale semble très exagérée”, expliquait au journal Science le Dr Dean Burnett, expert en neurosciences cliniques à l’université de Cardiff (Royaume-Uni).

Un traitement de choc

Quoiqu’il en soit, l’essai clinique annoncé prévoit de reprendre le même protocole que celui proposé l’année dernière en Inde. Soit le recrutement de 20 “patients” âgés de 15 à 65 ans en état de mort cérébrale à la suite d’un traumatisme crânien. Chacune des personnes se verrait introduire dans le cerveau, deux fois par semaine, des cellules souches issues de ses propres cellules de graisse ou de sang. Chaque jour, des peptides — éléments chimiques de la famille des protéines — développés dans les laboratoires de Bioquark seraient également injectés dans la moelle épinière du patient. En plus de ce cocktail chimique, les patients seraient soumis à un traitement laser transcrânien, technique qui aurait un effet neuroprotecteur après un AVC notamment. Dernière étape : la stimulation nerveuse du nerf médian qui court le long du bras jusqu’à la main. L’idée est que ce traitement de choc produira bien quelque chose. Le problème est qu’il s’agirait de savoir à peu près quoi avant. Or le directeur de Bioquark admet ne pas savoir. “Si une récupération complète des patients en état de mort cérébrale est bien l’objectif à long terme, ce n’est pas l’objectif principal de ce premier protocole”, déclare Ira Pastor.Source